Les signes dans la formulation
Ces habitudes viennent de la façon dont les modèles de langage choisissent leurs mots : ils retiennent encore et encore l’option la plus sûre et la plus courante. Une seule ne veut pas dire grand-chose. Plusieurs ensemble méritent qu’on y regarde de plus près.
1. Des formules d’ouverture et de clôture toutes faites
Des tournures comme « Dans un monde en constante évolution », « Il est important de noter que » ou « En conclusion » encadrent le texte sans rien dire. Un modèle de langage y recourt parce qu’elles conviennent à presque n’importe quel sujet.
2. Un vocabulaire ronflant
Des tournures comme « joue un rôle crucial », « incontournable », « véritable levier » ou « s’inscrit dans une démarche » reviennent sans arrêt là où un mot simple suffirait. Prise isolément, une seule ne dérange pas ; mais un paragraphe qui en est émaillé ne ressemble pas à la manière d’écrire de la plupart des gens.
3. Un rythme uniforme
Les phrases se suivent avec la même longueur et la même structure, et chaque paragraphe fait à peu près la taille du précédent. L’écriture humaine est d’ordinaire plus irrégulière : une longue phrase, puis une courte.
4. Tout va par trois
Les idées arrivent en triplets bien rangés, du genre « clair, concis et percutant », et une liste à puces apparaît là où une seule phrase aurait suffi.
5. Des précautions partout
Des mots comme « peut », « souvent », « généralement » ou « dans une certaine mesure » adoucissent chaque affirmation, si bien que le texte ne s’engage jamais sur rien qu’un lecteur pourrait contester.
6. Des annonces au lieu d’idées
« Explorons ensemble », « Mais ce n’est pas tout » ou « Il ne s’agit pas seulement de X, mais aussi de Y » promettent une idée forte, puis livrent une généralité.
Les signes dans le contenu
La formulation se corrige en quelques minutes. Ce que dit un texte, et ce qu’il passe sous silence, est plus difficile à imiter : ces signes en disent donc souvent davantage.
7. Des exemples génériques
Le texte parle « des entreprises », « des étudiants » ou « de nombreux experts », mais ne nomme jamais une entreprise, un lieu, une date ou une personne réels que vous pourriez vérifier.
8. Des erreurs affirmées avec aplomb
Une citation, un chiffre ou une source plausibles s’avèrent ne pas exister, ou un détail est faux d’une manière qu’un connaisseur du sujet n’aurait pas commise. Vérifiez une ou deux références : cela prend une minute.
9. Aucune prise de position
Chaque point de vue a droit à son paragraphe bien équilibré, et la conclusion reformule la question au lieu d’y répondre.
10. Aucune expérience vécue
Pas d’anecdote, pas d’erreur, pas de « quand j’ai essayé » : rien de ce que seul l’auteur pourrait savoir.
11. Un décalage avec l’auteur
Le texte est bien plus soigné, ou écrit d’une autre voix, que les courriels, les notes ou les travaux précédents de la même personne.
12. Des restes de la conversation
Le texte garde des formules comme « En tant que modèle de langage » ou « Bien sûr ! Voici… », un « [insérer le nom] » qui n’a jamais été rempli, ou une mise en forme recopiée depuis une fenêtre de chat. C’est l’un des rares signes difficiles à expliquer autrement, même s’il peut aussi apparaître dans un texte qui cite un chatbot.
Les signes 8 et 12 sont les plus forts, car ils s’expliquent difficilement autrement. Les autres décrivent une écriture soignée et conventionnelle autant qu’une écriture d’IA.
Pourquoi aucun signe ne prouve rien à lui seul
Chaque habitude de cette liste a d’abord été une habitude humaine. Les modèles de langage l’ont apprise des gens : des dissertations scolaires, des rapports d’entreprise, des textes publicitaires et des manuels.
Certaines personnes présentent ces signes plus souvent, et ce pour des raisons tout à fait légitimes. Lorsqu’on rédige dans une langue étrangère, on privilégie des formulations plus prudentes et plus conventionnelles. Les genres formels, qu’il s’agisse de résumés, de lettres de motivation ou de courriers administratifs, se conforment à des modèles. Les correcteurs grammaticaux gomment justement les irrégularités qui donnent à un écrit son caractère personnel.
Ces signes peuvent aussi disparaître. Une personne qui retravaille soigneusement un brouillon d’IA peut supprimer les formules toutes faites et ajouter des détails précis : le texte ne les montrera plus.
Utiliser un détecteur en plus de votre propre lecture
Un détecteur fait à grande échelle ce que vous faites à l’œil : il compare la formulation à des régularités apprises sur de grands ensembles de textes humains et de textes d’IA. Sa force, c’est la constance. Sa faiblesse, c’est qu’il ne voit que les mots, jamais le contexte.
Les deux fonctionnent mieux ensemble. Lisez d’abord le texte et notez ce qui vous gêne, puis lancez une vérification et voyez si les passages surlignés par le détecteur sont ceux que vous aviez repérés.
Textumi affiche l’un de cinq libellés, allant de « Écrit par un humain » à « Généré par l’IA ». Avec un compte, les passages qui ont le plus pesé sont surlignés. Lorsqu’un texte compte moins de 50 mots, aucun libellé n’est attribué, et l’outil affiche à la place « Trop peu de texte pour conclure ».
Comment fonctionnent les détecteurs d’IAÉcrit par ChatGPT ? Ce qu’un détecteur peut dire
Si le texte est le vôtre
Si l’on vous a dit que votre propre texte ressemblait à de l’IA, la liste ci-dessus peut aussi vous servir de grille de relecture.
Remplacez les formules toutes faites par ce que vous voulez vraiment dire, ajoutez l’exemple précis que vous aviez en tête, variez la longueur des phrases et dites clairement où vous vous situez. Le texte y gagne pour n’importe quel lecteur, quoi qu’en dise un détecteur.
Si un résultat est utilisé contre vous, gardez vos brouillons et votre historique de versions, et demandez que la décision ne repose pas sur le seul résultat d’un détecteur.
Pourquoi les détecteurs signalent des textes humainsRendre un texte d’IA plus naturel
Questions fréquentes
Quel est le signe le plus fiable qu’un texte a été écrit par une IA ?
Des restes de conversation, comme « En tant que modèle de langage » ou un « [insérer le nom] » qui n’a jamais été rempli, ainsi que des faits ou des citations affirmés avec assurance mais qui n’existent pas : ces deux types de traces s’expliquent difficilement autrement. Quant à la plupart des autres indices, comme les formules toutes faites ou un rythme uniforme, ils apparaissent aussi dans une écriture humaine soignée. Ils ne comptent que lorsque plusieurs apparaissent ensemble.
Le tiret cadratin trahit-il un texte écrit par ChatGPT ?
Non. Le tiret cadratin est un signe de ponctuation courant, que beaucoup d’auteurs, de correcteurs et de publications utilisent sans relâche. En français, il sert aussi à marquer les dialogues et à encadrer les incises. Les modèles de langage l’emploient volontiers, ce qui explique que cette idée soit répandue ; mais une seule habitude de ponctuation ne dit rien de fiable sur l’auteur d’un texte. Examinez le texte dans son ensemble, et non un signe isolé.
Un enseignant peut-il savoir si une copie a été écrite par une IA ?
Les enseignants remarquent souvent un décalage : une copie plus soignée, plus générique ou écrite d’une autre voix que les travaux habituels de l’élève. Ce décalage justifie qu’on en parle, sans pour autant constituer une preuve. Demander à l’élève d’expliquer son raisonnement, de montrer ses brouillons ou de présenter ses sources en apprend généralement davantage que n’importe quelle liste de signes ou n’importe quel résultat de détecteur.
Un détecteur vaut-il mieux que votre propre lecture ?
Ils n’ont pas le même rôle. Un détecteur applique à chaque texte les mêmes critères : il peut signaler des passages que vous survoleriez, mais il ignore toujours le contexte. Ce contexte, c’est votre lecture qui l’apporte : l’auteur, la consigne et les sources. Servez-vous des deux, et ne fondez jamais une décision sur le seul résultat d’un détecteur.
Peut-on retravailler un texte d’IA pour qu’il ne montre aucun de ces signes ?
Oui. Avec une relecture attentive, les tournures convenues s’effacent, des détails précis s’ajoutent et les signes disparaissent. C’est l’une des raisons pour lesquelles ni une liste de signes ni un détecteur ne peuvent établir d’où vient un texte. Ce qui permet de l’établir, c’est la trace de sa fabrication : les brouillons, les notes, l’historique des versions et un échange avec l’auteur.
Ces signes valent-ils pour des textes dans d’autres langues ?
Les habitudes se ressemblent, mais les formules, elles, varient d’une langue à l’autre : chacune possède ses propres ouvertures toutes faites et ses mots de remplissage. Une liste conçue pour le français ne convient donc pas à un texte allemand ou polonais. Le détecteur de Textumi analyse des textes en de nombreuses langues, et l’anglais et l’ukrainien sont, parmi celles-ci, les plus rigoureusement testés. Pour les autres, un passage plus long donne un résultat plus stable.
